Sexologue et psychothérapeute · Avril 2026 · 6 minutes de lecture

En bref

Cet article porte sur un désir qui a changé, qui était présent et s'est estompé. Pour certaines personnes, le désir sexuel a toujours été ténu ou absent, sans que cela découle d'une baisse. On parle alors plutôt d'asexualité, comprise comme une orientation et non comme un trouble du désir. Les personnes qui s'y reconnaissent trouveront des repères mieux adaptés du côté de ressources dédiées, comme le réseau francophone Aven-fr.

Une expérience plus variable qu'on ne le croit

Il y a ces soirs où le corps est là, disponible en apparence, et où l’élan, lui, ne vient pas. Rien ne s’allume. On se demande parfois ce qui ne va pas, si quelque chose s’est éteint, si c’est passager ou installé pour de bon.

En consultation, la question revient sous des formes proches : « Pourquoi je n’ai plus envie de sexualité ? », « Est-ce normal que mon désir ait changé ? »

On imagine souvent le désir comme un mouvement spontané et stable. Dans les faits, il varie beaucoup au fil du temps. Certaines personnes traversent des périodes où l’envie de sexualité s’estompe, devient plus discrète ou semble disparaître.

Cette expérience peut éveiller des questions, de l’inquiétude, parfois de la culpabilité, surtout quand on a l’impression de ne pas correspondre à ce que « devrait » être une sexualité. Plusieurs choses agissent sur cet élan. Les regarder une à une rend l’expérience moins opaque.

Le désir réactif : quand l’envie répond à un contexte

Chez bien des gens, le désir n’apparaît pas de lui-même : il répond à un contexte, à une proximité, à des sensations. La recherche en sexologie nomme cette forme désir réactif, ou contextuel, largement décrite depuis les travaux de Rosemary Basson (2001).

Réactif ne veut pas dire automatique. Cette forme de désir émerge quand certaines conditions sont réunies : un sentiment de sécurité, un contexte propice à l’intimité, assez de disponibilité émotionnelle.

Quand le stress, la fatigue ou des tensions occupent l’avant-plan, ces conditions deviennent plus rares, et le désir réactif a plus de mal à se présenter.

Le modèle de l'accélérateur et du frein

Pour décrire le fonctionnement du désir, Bancroft et Janssen (2000) ont proposé le modèle des systèmes d’excitation et d’inhibition sexuelle. La réponse sexuelle y dépend d’un équilibre entre ce qui active l’excitation et ce qui la freine.

La sexologue Emily Nagoski (2015) en donne une image parlante : une voiture munie à la fois d’un accélérateur et d’un frein. L’accélérateur, ce sont les stimuli qui éveillent l’excitation. Le frein, ce qui l’éteint : stress, anxiété, charge mentale, contexte peu propice.

Pour bien des gens, la difficulté ne tient pas à un accélérateur défaillant, mais à des freins très sollicités. Quand le corps est occupé par le stress, les responsabilités ou des tensions, le désir trouve peu de place pour émerger.

Souvent, alléger ce qui appuie sur le frein ouvre plus d’espace que tout effort pour « produire » du désir.

Composantes biologiques et médicales

Le désir a aussi une assise corporelle, parfois plus déterminante qu’on ne le croit.

Les variations hormonales liées au cycle menstruel, à une grossesse, au post-partum, à l’allaitement, à la périménopause, à la ménopause ou à l’andropause peuvent peser sur le désir de façon marquée (Cappelletti et Wallen, 2016). Des conditions médicales y participent aussi : troubles thyroïdiens, diabète, atteintes cardiovasculaires ou neurologiques, douleurs chroniques (endométriose, vulvodynie, douleurs pelviennes).

Les médicaments comptent également. Plusieurs antidépresseurs (notamment les ISRS), certains contraceptifs hormonaux, des traitements pour la pression artérielle ou des traitements oncologiques peuvent agir sur le désir, sans que la personne en soit toujours avertie au moment où le traitement commence (Lorenz, Rullo et Faubion, 2016).

La fatigue chronique, les troubles du sommeil et l’épuisement pèsent aussi. Un corps en manque de récupération garde peu d’énergie pour le désir.

Quand la baisse s’installe durablement, surgit brusquement ou s’accompagne d’autres changements physiques, une évaluation médicale peut être pertinente. Un accompagnement sexologique ou psychothérapeutique s’inscrit alors en complément d’un suivi médical, non à sa place.

Stress et charge mentale

Parmi les freins, le stress et la charge mentale tiennent une grande place.

Quand on est fatigué·e, préoccupé·e, mobilisé·e par les responsabilités du quotidien, l’espace mental pour la sexualité rétrécit. L’attention reste happée par les tâches, les soucis professionnels ou familiaux, parfois des tensions relationnelles.

Dans ces moments, la sexualité passe au second plan sans pour autant perdre son importance : l’esprit et le corps sont simplement déjà engagés ailleurs.

Le rapport aux ressentis

Le désir tient à la capacité d’être en contact avec ses sensations et ses émotions. Quand on met à distance des ressentis inconfortables comme la tristesse, la colère ou l’anxiété, cette mise à distance gagne aussi les sensations agréables. Le corps ne trie pas : il n’éteint pas seulement ce qui dérange.

L’élan, la spontanéité, le plaisir deviennent alors moins accessibles. La sexualité paraît plus lointaine. L’amour et le désir n’ont pas disparu ; c’est le canal du ressenti qui s’est rétréci, et le plaisir passe par ce canal.

Sécurité et qualité du lien

La sécurité émotionnelle compte beaucoup. Pour bien des gens, le corps ne se détend pas du seul fait qu’un contexte intime existe ; il a besoin de se sentir en confiance.

À l’inverse, des tensions, un climat d’insécurité, la peur du jugement ou une confiance récemment ébranlée peuvent refroidir l’élan. Le désir prend forme autant dans la qualité du lien et le climat émotionnel que dans le corps.

Sexualité et pression

Pour certaines personnes, la sexualité peut être accompagnée d’une certaine pression : la peur de ne pas être à la hauteur, le sentiment qu’il faudrait avoir plus envie, ou l’impression de devoir répondre aux attentes de l’autre – ou parfois de celles qu’on a intégrées.

Cette pression peut paradoxalement rendre le désir plus difficile à ressentir. Lorsque la sexualité devient associée à une obligation ou à une performance, le corps peut se mettre en mode de contrôle plutôt qu’en mode de plaisir.

Le mécanisme est connu en clinique sexologique, mais il reste contre-intuitif : plus une personne tente de produire activement du désir, moins celui-ci a de chances d’apparaître.

Sexualité et pression

Pour certaines personnes, la sexualité s’accompagne d’une pression : la peur de ne pas être à la hauteur, le sentiment qu’il « faudrait » avoir plus envie, l’impression de devoir répondre aux attentes de l’autre, ou à celles qu’on a intégrées.

Cette pression peut rendre le désir plus difficile à atteindre. Dès que la sexualité devient une obligation ou une performance, le corps bascule en mode contrôle, loin du plaisir.

Le mécanisme est connu en clinique, et il reste contre-intuitif : plus on s’efforce de produire du désir, moins il a de chances d’apparaître.

Le désir comme phénomène multifactoriel

Une variation du désir tient rarement à une cause unique. Elle naît le plus souvent d’une combinaison : hormonale, médicale, psychologique, relationnelle, contextuelle, chaque fil tirant un peu sur les autres.

Cette lecture déplace la question. Le désir n’est pas un cadran à maintenir au même niveau, comme une jauge sur un tableau de bord. C’est une météo intérieure, qui change avec les conditions du corps, des émotions et du lien, et qu’on comprend mieux en regardant le ciel au complet plutôt que l’aiguille.

Le contenu de cet article est offert à des fins d'information et de sensibilisation. Chaque situation étant unique, les informations présentées ne remplacent pas une évaluation, une consultation professionnelle ni une démarche de psychothérapie adaptée à votre situation. Lorsqu'une baisse de désir est marquée, persistante ou associée à d'autres changements physiques, une évaluation médicale est indiquée.

Références

Bancroft, J. et Janssen, E. (2000). The dual control model of male sexual response. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 24(5), 571–579.

Basson, R. (2001). Using a different model for female sexual response to address women’s problematic low sexual desire. Journal of Sex & Marital Therapy, 27(5), 395–403.

Cappelletti, M. et Wallen, K. (2016). Increasing women’s sexual desire: The comparative effectiveness of estrogens and androgens. Hormones and Behavior, 78, 178–193.

Lorenz, T., Rullo, J. et Faubion, S. (2016). Antidepressant-induced female sexual dysfunction. Mayo Clinic Proceedings, 91(9), 1280–1286.

Nagoski, E. (2015). Come As You Are: The Surprising New Science That Will Transform Your Sex Life. Simon & Schuster.

Pour approfondir

Il arrive que la difficulté à ressentir du désir soit liée non pas à une absence d’intérêt, mais à une difficulté à se déposer, à se sentir en sécurité ou à se laisser aller dans l’expérience.