Gabrielle Rougeau-Moss

Sexologue et psychothérapeute

Publié le 06 avril 2026 · 6 minutes de lecture

En bref

Le désir sexuel peut fluctuer au cours de la vie et ne se manifeste pas toujours de manière spontanée.

Le stress, la charge mentale, certaines tensions relationnelles, des conditions médicales ou la prise de certains médicaments peuvent influencer la manière dont le désir s'exprime.

Une variation du désir s'inscrit dans des facteurs multiples qui méritent d'être considérés.

Une expérience plus variable qu'on ne le croit

En consultation, l’une des questions qui revient le plus fréquemment ressemble à « Pourquoi je n’ai plus envie de sexualité ? » ou « Est-ce normal que mon désir ait changé ? »

Le désir sexuel est souvent perçu comme quelque chose de spontané et stable. Pourtant, dans la réalité, il fluctue fréquemment au fil du temps. Certaines personnes peuvent traverser des périodes où l’envie de sexualité diminue, devient plus discrète ou semble même disparaître.

Cette situation peut susciter des questions, de l’inquiétude ou un sentiment de culpabilité, notamment lorsqu’une personne a l’impression de ne pas correspondre à certaines attentes liées à la sexualité.

Comprendre ce qui influence le désir permet souvent de porter un regard plus nuancé sur ces expériences.

Le désir sexuel n’est pas toujours spontané

Chez plusieurs personnes, le désir n’apparaît pas spontanément, mais en réponse à un contexte, à une proximité ou à des sensations. Cette forme de désir est appelée désir réactif ou contextuel, un concept largement décrit dans la recherche en sexologie depuis les travaux de Rosemary Basson (2001).

Le désir réactif ne se manifeste pas pour autant de manière automatique. Il émerge le plus souvent lorsque certaines conditions facilitantes sont présentes : un sentiment de sécurité, un contexte favorable à l’intimité, une disponibilité émotionnelle suffisante.

Lorsque le stress, la fatigue ou certaines tensions occupent l’avant-plan, ces conditions sont plus difficiles à réunir. Le désir réactif a alors plus de difficulté à émerger.

Le modèle de l'accélérateur et du frein

Le fonctionnement du désir peut être compris à partir du modèle des systèmes d’excitation et d’inhibition sexuelle, proposé par Bancroft et Janssen (2000). Selon ce modèle, la réponse sexuelle dépend d’un équilibre entre les éléments qui activent l’excitation et ceux qui l’inhibent.

La sexologue Emily Nagoski (2015) illustre ce principe avec l’image d’une voiture qui possède à la fois un accélérateur et un frein. L’accélérateur représente les stimuli qui favorisent l’excitation. Le frein correspond aux facteurs qui peuvent l’inhiber : stress, anxiété, charge mentale, contexte peu propice.

Pour certaines personnes, la difficulté ne vient pas d’un manque d’« accélérateur », mais plutôt du fait que certains freins sont très activés. Lorsque le corps est préoccupé par le stress, les responsabilités ou certaines tensions relationnelles, il peut devenir plus difficile pour le désir d’émerger.

Comprendre ce fonctionnement permet souvent de déplacer la question : plutôt que de chercher à « augmenter » le désir, il peut parfois être plus aidant d’explorer ce qui maintient certains freins activés.

Composantes biologiques et médicales

Le désir sexuel ne se réduit pas à une dimension psychologique ou relationnelle. Il possède aussi une composante corporelle, qui peut parfois être plus déterminante qu’on ne le pense.

Les fluctuations hormonales liées au cycle menstruel, à une grossesse, au post-partum, à l’allaitement, à la périménopause, à la ménopause ou à l’andropause peuvent influencer le désir de manière significative (Cappelletti et Wallen, 2016). Certaines conditions médicales, comme les troubles thyroïdiens, le diabète, certaines atteintes cardiovasculaires ou neurologiques, ou encore des douleurs chroniques (endométriose, vulvodynie, douleurs pelviennes), peuvent également moduler la réponse sexuelle.

La prise de certains médicaments est aussi à considérer. Plusieurs antidépresseurs (notamment les ISRS), certains contraceptifs hormonaux, des médicaments pour la pression artérielle ou des traitements oncologiques peuvent avoir un effet sur le désir, sans que la personne en soit toujours informée au moment où le médicament est introduit (Lorenz, Rullo et Faubion, 2016).

La fatigue chronique, les troubles du sommeil et l’épuisement physique général jouent aussi un rôle non négligeable. Un corps qui manque de récupération a souvent peu d’énergie disponible pour le désir.

Lorsque la baisse de désir s’installe de façon persistante, qu’elle apparaît brusquement ou qu’elle s’accompagne d’autres changements physiques, une évaluation médicale peut être pertinente. Un travail sexologique ou psychothérapeutique peut alors s’inscrire en complémentarité avec un suivi médical, plutôt qu’en remplacement.

Stress et charge mentale

Parmi les facteurs qui peuvent agir comme frein au désir, le stress et la charge mentale occupent une place importante.

Lorsque la personne est fatigué·e, préoccupé·e ou mobilise beaucoup d’énergie pour gérer les responsabilités du quotidien, l’espace mental disponible pour la sexualité peut diminuer. L’attention peut rester tournée vers les tâches à accomplir, les préoccupations professionnelles ou familiales, ou certaines tensions relationnelles.

Dans ces contextes, la baisse de désir ne signifie pas nécessairement que la sexualité n’est plus importante. Elle peut simplement refléter un moment où l’esprit et le corps sont déjà engagés ailleurs. 

Le rapport aux ressentis

Le désir est lié à la capacité d’être en contact avec ses sensations et ses émotions. Lorsque certains ressentis inconfortables, tel que la tristesse, la colère ou l’anxiété, sont mis à distance, cette distance peut aussi impacter des sensations plus agréables. Malheureusement, le corps ne sélectionne pas uniquement ce que l’on voudrait ressentir. 

L’élan, la spontanéité, le plaisir font partie de ce qui peut alors devenir moins accessible. La sexualité peut sembler plus lointaine, non par manque d’amour ou de désir abstrait, mais parce que le canal par lequel ces expériences se vivent s’est rétréci.

Sécurité et qualité du lien

Le désir est aussi influencé par le sentiment de sécurité émotionnelle et relationnelle. Pour plusieurs personnes, le corps ne se détend pas simplement parce qu’un contexte intime est présent. Il a besoin de se sentir en confiance.

À l’inverse, certaines tensions relationnelles, un climat d’insécurité, la peur du jugement ou une rupture récente de confiance peuvent influencer l’élan vers la sexualité. Le désir ne se déploie pas uniquement dans le corps. Il prend forme aussi dans la qualité du lien et dans le climat émotionnel.

Sexualité et pression

Pour certaines personnes, la sexualité peut être accompagnée d’une certaine pression : la peur de ne pas être à la hauteur, le sentiment qu’il faudrait avoir plus envie, ou l’impression de devoir répondre aux attentes de l’autre – ou parfois de celles qu’on a intégrées.

Cette pression peut paradoxalement rendre le désir plus difficile à ressentir. Lorsque la sexualité devient associée à une obligation ou à une performance, le corps peut se mettre en mode de contrôle plutôt qu’en mode de plaisir.

Le mécanisme est connu en clinique sexologique, mais il reste contre-intuitif : plus une personne tente de produire activement du désir, moins celui-ci a de chances d’apparaître.

Les fluctuations entre partenaires

Dans plusieurs relations, le désir ne suit pas un rythme constant, et les partenaires ne le vivent pas toujours au même moment ni de la même manière. Certaines personnes ressentent le désir de façon plus spontanée ; d’autres y accèdent davantage par la proximité, la lenteur ou un certain contexte.

Ces différences, fréquentes, ne signalent pas nécessairement un problème dans la relation. Elles reflètent la diversité réelle des manières dont le désir se manifeste d’une personne à l’autre.

Le désir comme phénomène multifactoriel

Une variation du désir s’inscrit rarement dans une cause unique. Elle résulte le plus souvent d’une combinaison de facteurs hormonaux, médicaux, psychologiques, relationnels et contextuels qui se modulent les uns les autres.

Cette lecture multifactorielle déplace la question. Le désir n’est pas une fonction qui devrait être maintenue à un niveau constant, comme un indicateur de santé sur un tableau de bord. C’est une expérience qui s’inscrit dans un ensemble de conditions corporelles, émotionnelles et relationnelles en mouvement, et qui mérite d’être comprise dans cette complexité.

*Le contenu de cet article est offert à des fins d’information et de sensibilisation. Il ne remplace pas une évaluation, une consultation professionnelle ni une démarche de psychothérapie adaptée à la situation de chaque personne. Lorsqu’une baisse de désir est marquée, persistante ou associée à d’autres changements physiques, une évaluation médicale est indiquée.

Références

Basson, R. (2001). Using a different model for female sexual response to address women’s problematic low sexual desire. Journal of Sex & Marital Therapy, 27(5), 395–403. 

Bancroft, J. et Janssen, E. (2000). The dual control model of male sexual response. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 24(5), 571–579. 

Cappelletti, M. et Wallen, K. (2016). Increasing women’s sexual desire: The comparative effectiveness of estrogens and androgens. Hormones and Behavior, 78, 178–193.

Lorenz, T., Rullo, J. et Faubion, S. (2016). Antidepressant-induced female sexual dysfunction. Mayo Clinic Proceedings, 91(9), 1280–1286.

Nagoski, E. (2015). Come As You Are: The Surprising New Science That Will Transform Your Sex Life. Simon & Schuster. 

Pour approfondir

Il arrive que la difficulté à ressentir du désir soit liée non pas à une absence d’intérêt, mais à une difficulté à se déposer, à se sentir en sécurité ou à se laisser aller dans l’expérience.