Cet article est offert à titre informatif et de sensibilisation. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation avec un·e médecin ou un·e autre professionnel de la santé. Toute question concernant une médication, son ajustement ou son interruption relève exclusivement du/de la médecin prescripteur.
Sexologue et psychothérapeute
En bref
Plusieurs antidépresseurs, particulièrement les ISRS, sont associés à des effets sur la fonction sexuelle
Les effets secondaires sur la sexualité sont peu abordés en consultation médicale.
Mettre des mots sur ce qui se vit peut aider à ouvrir un dialogue.
Quand un traitement aide, mais éloigne du désir
Pour bien des personnes, un antidépresseur représente un véritable soutien : un retour progressif d’énergie, d’envie de vivre, d’une certaine capacité à faire face au quotidien. Et pourtant, après quelques semaines, certain·es observent un autre changement, plus discret : leur sexualité ne répond plus tout à fait comme avant.
Le désir peut sembler plus lointain, l’excitation plus difficile à maintenir, l’orgasme plus long à atteindre ou parfois absent. Pour certaines personnes, c’est aussi la sensibilité génitale ou la lubrification qui s’atténue. Ce décalage peut être déroutant, parce qu’il touche à un espace intime au moment même où l’on commence à se sentir mieux ailleurs.
Ce que la recherche documente
La littérature scientifique rapporte que des effets secondaires d’ordre sexuel sont fréquents chez les personnes qui prennent certains antidépresseurs, en particulier les ISRS. Selon les études et les molécules considérées, leur prévalence varie de façon importante, pouvant toucher entre environ 25 % et 80 % des personnes traitées (Montejo et al., 2001 ; Clayton et al., 2002 ; Rothmore, 2020). Les manifestations les plus souvent décrites rejoignent celles évoquées plus haut : diminution du désir, excitation ou orgasme plus difficiles, sensibilité ou lubrification réduites.
Ces effets ne se manifestent pas chez tout le monde, et leur intensité varie d’une situation à l’autre. Apprécier ce qui se joue dans une situation précise, ainsi que les liens possibles entre une médication, un état de santé et ce qui est ressenti, relève du médecin prescripteur, seul professionnel en mesure de le faire.
Plusieurs facteurs peuvent coexister
La sexualité est traversée par plusieurs dimensions à la fois. Un épisode dépressif peut lui-même l’affecter, parfois de manière marquée : perte d’élan vital, difficulté à ressentir du plaisir, fatigue, retrait, sentiment d’être éteint·e. Lorsqu’un traitement est en cours, l’état émotionnel, le contexte de vie ou la qualité du sommeil peuvent donc se superposer à l’effet de la médication.
On n’a pas à démêler seul·e ce qui revient au traitement, à la dépression ou à la vie. C’est ce qui se regarde avec son·sa médecin.
Une difficulté souvent silencieuse
Plusieurs personnes hésitent à parler de cette dimension de leur expérience. Certaines redoutent de paraître ingrat·es face à un traitement qui les soulage par ailleurs. D’autres craignent qu’on leur propose aussitôt un changement, alors que ce n’est pas forcément ce qu’elles souhaitent. D’autres encore ressentent une gêne difficile à nommer.
Les recherches suggèrent pourtant que les effets sexuels associés aux antidépresseurs sont rarement abordés spontanément en consultation, et que beaucoup de personnes renoncent à en parler par crainte de ne pas être bien comprises (Bahrick, 2008 ; Higgins et al., 2010). Ce silence peut accentuer un sentiment d’isolement et laisser croire que ces effets sont rares, alors qu’ils sont au contraire fréquemment rapportés.
Comme la question n’est pas toujours soulevée d’emblée en consultation, il revient parfois à la personne de l’amener elle-même. Et si le sujet reste entouré de gêne, il n’a rien d’illégitime pour autant. Les effets sexuels font partie des effets possibles d’un traitement, au même titre que la fatigue ou les variations d’appétit, et ils méritent qu’on s’y arrête. En parler à son·sa médecin, ce n’est ni se plaindre ni se montrer ingrat·e. C’est lui donner les informations dont il a besoin pour en tenir compte et, le cas échéant, envisager ce qui peut l’être.
Il n’y a pas de mots parfaits à trouver. Une phrase toute simple suffit souvent à ouvrir la porte, par exemple : « depuis que je prends ce traitement, j’ai remarqué un changement du côté de ma sexualité. » L’échange peut se construire à partir de là.
Quand la culpabilité s'ajoute à la difficulté
Lorsque la sexualité change, certaines personnes se sentent rapidement responsables. Elles se demandent si elles aiment moins leur partenaire, si elles font « assez d’efforts », si quelque chose ne va plus dans la relation. L’interprétation est compréhensible, parce qu’on associe spontanément le désir à l’amour et à l’attirance. Le désir ne se réduit pourtant pas à la qualité du lien.
Certaines personnes se retrouvent par ailleurs prises dans une dynamique d’insécurité affective, où le moindre changement intime risque d’être lu comme un signe que « quelque chose ne va plus ». Pouvoir nommer ce qui se vit peut alors alléger cette charge.
Une démarche à plusieurs voies
Lorsqu’une personne perçoit un changement dans sa sexualité pendant qu’elle prend un antidépresseur, en parler en consultation médicale est généralement un premier pas important. C’est au médecin qu’il revient d’évaluer la situation dans son ensemble. Il importe aussi de ne jamais ajuster ni interrompre un antidépresseur de sa propre initiative. Au-delà du retour possible des symptômes traités, certaines interruptions peuvent entraîner des effets de sevrage et déstabiliser un équilibre patiemment construit.
À côté de ce suivi médical, un accompagnement psychothérapeutique peut offrir un espace pour mettre des mots sur ce qui se vit, sur le retentissement émotionnel d’une telle période et sur les autres dimensions du désir et de l’intimité. Car la sexualité tient aussi à la capacité de se laisser aller dans l’expérience corporelle plutôt que de la surveiller, à la régulation des émotions, et au plaisircomme indicateur de sécurité intérieure.
Ne pas avoir à choisir entre santé mentale et vie intime
Pour beaucoup, la peur sous-jacente est celle d’un choix impossible : « dois-je renoncer à ma sexualité pour aller mieux ? » La réponse n’a pas à être binaire. Certains effets peuvent évoluer avec le temps, d’autres faire l’objet d’une discussion médicale. Et même lorsque des changements persistent, il reste possible d’explorer d’autres dimensions de l’intimité, comme la tendresse, la présence ou un autre rapport au plaisir, qui ne se réduisent pas au seul fonctionnement génital.
En parler, d’abord en consultation médicale et parfois aussi dans un accompagnement individuel, n’a pas pour but de blâmer le traitement ni de minimiser ses bienfaits, mais de faire en sorte que santé mentale et vie intime puissent cohabiter plutôt que de s’opposer.
Le contenu de cet article est offert à titre informatif et de sensibilisation. Chaque situation étant unique, les informations présentées ne remplacent pas une consultation médicale ni une démarche de psychothérapie. Toute question concernant un traitement antidépresseur, son ajustement, sa modification ou son interruption, relève exclusivement de votre médecin prescripteur.
Références
Bahrick, A. S. (2008). Persistence of sexual dysfunction side effects after discontinuation of antidepressant medications. The Open Psychology Journal, 1, 42–50.
Clayton, A. H., Pradko, J. F., Croft, H. A., Montano, C. B., Leadbetter, R. A., Bolden-Watson, C., Bass, K. I., Donahue, R. M. J., Jamerson, B. D. et Metz, A. (2002). Prevalence of sexual dysfunction among newer antidepressants. Journal of Clinical Psychiatry, 63(4), 357–366.
Higgins, A., Nash, M. et Lynch, A. M. (2010). Antidepressant-associated sexual dysfunction: impact, effects, and treatment. Drug, Healthcare and Patient Safety, 2, 141–150.
Montejo, A. L., Llorca, G., Izquierdo, J. A. et Rico-Villademoros, F. (2001). Incidence of sexual dysfunction associated with antidepressant agents: a prospective multicenter study of 1022 outpatients. Journal of Clinical Psychiatry, 62 (Suppl 3), 10–21.
Rothmore, J. (2020). Antidepressant-induced sexual dysfunction. The Medical Journal of Australia, 212(7), 329–334.
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