Sexologue et psychothérapeute · Juin 2026 · 8 minutes de lecture
- Après une infidélité, ne pas savoir si l’on veut rester ou partir est une expérience fréquente.
- Cette ambivalence ne traduit pas une incohérence personnelle : elle dit souvent la valeur qu’avait la relation.
- L’oscillation entre des positions opposées est un mouvement normal de régulation émotionnelle, pas une indécision à corriger.
- Les décisions prises sous l’effet d’une détresse intense tiennent souvent moins bien que celles qui émergent avec le temps : laisser un peu d’espace à cette période permet souvent à ce qu’on ressent vraiment de devenir plus clair.
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Il y a ces nuits où la même question revient, fixée au plafond : rester ou partir. Au matin, la réponse paraît parfois évidente. Le soir venu, elle se dérobe à nouveau.
Dans les semaines qui suivent la découverte d’une infidélité, une pression à trancher s’installe. Elle vient de l’entourage, du·de la partenaire, ou de soi. Pourtant, beaucoup se retrouvent dans un espace que cette pression ignore : celui de ne pas savoir encore.
Une expérience souvent vécue dans la honte
Ce qui rend l’ambivalence éprouvante après une infidélité, c’est qu’on la perçoit rarement comme une réaction légitime.
L’entourage, même bien intentionné, envoie des messages contradictoires. Certaines voix poussent à la rupture immédiate, comme si rester trahissait un manque de respect envers soi. D’autres rappellent ce qui a été construit ensemble, comme si la durée devait peser plus lourd que la blessure. Chacun·e semble détenir une réponse claire à une question que la personne, elle, n’arrive pas à trancher.
Devant cette assurance des autres, le doute se retourne contre soi. On se demande si cette incapacité à décider trahit une faiblesse, ou une forme de dépendance affective. Ce doute fait parfois aussi mal que la blessure initiale.
Ce que dit l’ambivalence
L’ambivalence qui dure, après une infidélité, n’est pas le signe d’une incohérence. Elle dit le plus souvent quelque chose de plus fondamental : que la relation comptait, que la perte serait réelle, que la décision se prend au sérieux.
Une relation sans valeur ne provoquerait pas cette oscillation. Si décider est si difficile, c’est précisément parce que ce qui a été construit avait du sens.
On peut alors entendre l’ambivalence autrement : non plus comme un problème à régler au plus vite, mais comme une information sur ce que la relation représente, et sur ce qu’on ne veut pas perdre à la légère.
L’oscillation, un mouvement normal
Une des expériences les plus déstabilisantes de cette période, c’est l’oscillation.
Certains jours, la décision semble claire dans un sens. La colère est présente, la blessure est vive, et partir semble être la seule issue possible. D’autres jours, la tendresse revient, les souvenirs partagés remontent, et quitter devient impensable.
Cette alternance peut durer des semaines, parfois des mois. Elle peut traverser une seule journée.
Ce mouvement, qui peut sembler irrationnel à la personne qui le vit, est bien documenté dans la litturature scientifique. Les travaux de Gordon, Baucom et Snyder (2004) sur la reconstruction après une infidélité y voient une tentative de régulation émotionnelle, face à une situation qui mobilise à la fois l’attachement, la blessure et l’incertitude.
L’oscillation n’est pas une indécision pathologique. C’est souvent la forme que prend la réflexion quand elle se fait sous une douleur encore vive.
L’oscillation n’est pas une indécision pathologique. Elle est souvent la forme que prend la réflexion lorsqu’elle se fait sous l’effet d’une douleur encore présente.
L'ambivalence dans le rapprochement
L’ambivalence ne touche pas que la décision. Elle se glisse aussi dans le rapport au corps, au contact, à la présence de l’autre.
Certaines personnes décrivent un mouvement déroutant : chercher la proximité du·de la partenaire pour s’apaiser, puis sentir, au moment où ce contact arrive, une tension, un retrait. La personne vers qui se tourne le besoin de réconfort est aussi celle qui a blessé. Cette superposition rend le rapprochement particulièrement complexe.
Le désir de proximité alterne avec un besoin de distance. Une caresse attendue devient difficile à recevoir une fois qu’elle survient. Le sommeil partagé apaise un soir et paraît impossible le lendemain.
Cette ambivalence du corps prolonge celle des émotions. Un attachement cherche le lien pendant qu’une vigilance guette la menace. Les deux ne se contredisent pas : ils cohabitent, parfois dans la même journée.
Décider sous l’effet de la détresse
Une dimension passe souvent inaperçue dans ces moments : l’état dans lequel la décision se prend.
Quand on traverse une détresse intense, et la découverte d’une infidélité en est une, la capacité à évaluer une situation complexe s’en trouve affectée. Anticiper les conséquences à long terme, accéder à ce qu’on veut vraiment, devient plus difficile. Lerner, Li, Valdesolo et Kassam (2015) ont montré combien les émotions fortes orientent la façon dont on traite l’information et dont on décide en terrain incertain.
Certaines personnes prennent alors des décisions rapides qu’elles regrettent ensuite, dans un sens comme dans l’autre. Quitter dans l’urgence de la douleur, avant d’avoir touché ce qu’on ressentait vraiment. Ou s’engager à reconstruire trop tôt, par peur de la solitude ou sous la pression de l’autre, et découvrir plus tard que la décision n’était pas pleinement la sienne.
Ce n’est pas un jugement porté sur ces choix. C’est un constat clinique : les grandes décisions relationnelles prises dans les premières semaines tiennent souvent moins bien que celles qui émergent après un temps de traversée.
Ce que la pression de décider peut cacher
La pression de trancher vite vient parfois du·de la partenaire à l’origine de l’infidélité.
Aux prises avec la culpabilité, la honte ou l’angoisse de l’incertitude, cette personne peut, sans toujours en avoir conscience, pousser pour que la situation se résolve : obtenir un engagement à reconstruire, ou au contraire précipiter la rupture pour faire taire la tension.
Dans les deux cas, cette pression court-circuite le processus de la personne blessée, qui a besoin de temps pour traverser ce qu’elle traverse. Nommer cette dynamique ne sert pas à blâmer. Elle rappelle que le rythme de la reconstruction, ou de la séparation, appartient idéalement aux deux partenaires, et ne se laisse pas dicter par l’inconfort de l’un·e devant l’incertitude.
Ce que cette période peut révéler
Le temps de l’ambivalence devient parfois un espace de clarification.
Pour certaines personnes, ce qu’elles ressentent vraiment se précise à mesure que les semaines passent. Elles distinguent peu à peu ce qui tient à la peur de la solitude, ce qui tient à l’attachement, ce qui tient à leurs propres valeurs et à leurs besoins dans une relation.
Pour d’autres, ce temps révèle que la relation ne donnait pas tout à fait ce qu’elles en attendaient, et que l’infidélité a rendu visible quelque chose de plus ancien.
Ces prises de conscience surgissent rarement dans l’urgence. Elles demandent un espace assez stable pour que la réflexion se fasse sans pression excessive.
En consultation
Votre thérapeute ne dira pas s’il faut rester ou partir, et ne cherche pas à accélérer la décision. Il ouvre plutôt un espace où habiter cette période sans en avoir honte, comprendre ce que l’oscillation raconte, et laisser émerger peu à peu ce qu’on souhaite vraiment, pour soi et pour la relation.
Dans certaines situations, le temps n’empêche pas la décision. Il est ce qui lui permet de devenir claire.
Le contenu de cet article est offert à des fins d'information et de sensibilisation. Chaque situation étant unique, les informations présentées ne remplacent pas une évaluation, une consultation professionnelle ni une démarche de psychothérapie adaptée à votre situation.
Références
Gordon, K. C., Baucom, D. H. et Snyder, D. K. (2004). An integrative intervention for promoting recovery from extramarital affairs. Journal of Marital and Family Therapy, 30(2), 213–231. https://doi.org/10.1111/j.1752-0606.2004.tb01235.x
Lerner, J. S., Li, Y., Valdesolo, P. et Kassam, K. S. (2015). Emotion and decision making. Annual Review of Psychology, 66, 799–823. https://doi.org/10.1146/annurev-psych-010213-115043
Pour approfondir
Pour prolonger la réflexion, dans la même série sur l’infidélité
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→ Après l’infidélité : réapprivoiser l’intimité et la confiance
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