Sexologue et psychothérapeute
En bref
Le consentement interne permet de penser les moments où un « oui » est exprimé, sans que la personne se sente pleinement présente, disponible ou en accord intérieurement.
Il renvoie à la cohérence entre les mots, le corps, le désir, les émotions et les limites.
Ainsi, un oui peut parfois s’inscrire dans une logique d’adaptation. Par exemple, il peut viser à éviter une tension, une déception ou une perte de lien.
Un consentement qui se vit aussi à l'intérieur
Il arrive qu’une personne dise oui avec les mots. Elle peut poursuivre un rapprochement, sourire ou rester disponible. Pourtant, à l’intérieur, quelque chose peut sembler flou, tendu ou absent.
Ce décalage n’est pas toujours facile à reconnaître. Il ne signifie pas nécessairement qu’il y a eu contrainte. Il ne signifie pas non plus que la personne n’aime pas son ou sa partenaire.
Cependant, il peut indiquer qu’une partie d’elle n’est pas pleinement présente dans ce qui se passe.
Dans l’intimité, le consentement ne concerne donc pas seulement ce qui est exprimé à l’autre. Il touche aussi la relation à soi. Il implique les sensations, les limites, les élans, les hésitations et la capacité de percevoir ce qui semble juste pour soi.
Dans cet article, l’expression consentement interne désigne la cohérence entre ce qu’une personne accepte extérieurement et ce qu’elle ressent intérieurement, sur les plans corporel, émotionnel, relationnel et sexuel. Elle ne vise pas à définir la validité légale d’un consentement. Elle permet plutôt d’explorer la cohérence entre ce qu’une personne accepte extérieurement et ce qu’elle ressent intérieurement.
Consentement interne et consentement externe
On parle souvent du consentement dans sa dimension externe. Cette dimension concerne ce qui est exprimé à l’autre. Elle peut passer par les mots, les gestes ou les signaux non verbaux.
Cette dimension demeure essentielle. En effet, elle se trouve au cœur du respect, de la sécurité et de la prévention des violences sexuelles.
Toutefois, la recherche distingue aussi une dimension plus intérieure du consentement. Le concept de consentement sexuel interne renvoie aux sentiments associés à la volonté de s’engager dans une activité sexuelle. Il peut inclure la réponse corporelle, le sentiment de sécurité, le confort, l’excitation, l’accord intérieur et la disponibilité. Le consentement externe, lui, correspond davantage à ce qui est communiqué à l’autre (Jozkowski et al., 2014 ; Willis et Smith, 2022).
Autrement dit, le consentement interne désigne la cohérence entre ce qu’une personne accepte et ce qu’elle ressent.
Ainsi, le corps, les émotions et le désir font partie de l’expérience du consentement. Ils ne remplacent pas les mots. Cependant, ils ajoutent une dimension importante à ce qui est vécu.
Quand un oui ne reflète pas tout à fait le désir
Cette cohérence intérieure n’est pas toujours immédiate. Le désir peut être nuancé, progressif ou ambivalent.
Parfois, une personne a besoin de temps pour percevoir ce qu’elle veut. Elle peut aussi s’engager dans une expérience sans tout savoir à l’avance.
Ainsi, le consentement interne ne renvoie pas à une certitude parfaite. Il ne demande pas que le désir soit clair à chaque seconde.
Il décrit plutôt une dimension supplémentaire de l’expérience intime. Dans certains moments, ce qui est accepté et ce qui est ressenti coïncident. Dans d’autres, un décalage peut apparaître.
D’ailleurs, certaines recherches suggèrent que le consentement interne et la communication affirmative du consentement peuvent être associés à une plus grande satisfaction sexuelle chez les jeunes adultes (Javidi et al., 2023).
Le oui ne serait donc pas seulement une réponse adressée à l’autre. Il peut aussi devenir une expérience qui se vit en soi.
Quand le oui sert à préserver le lien
Certaines personnes ont appris qu’il était plus sécurisant de s’adapter que de s’affirmer.
Par exemple, nommer un besoin pouvait sembler risqué. Dire non pouvait mener à une tension. Poser une limite pouvait être associé à une critique, un retrait affectif ou une perte de lien.
Avec le temps, une logique relationnelle peut alors s’installer. La personne peut préserver le lien en disant oui, en restant discrète ou en anticipant les besoins de l’autre.
Dans une lecture sensible au trauma, certaines réponses de protection peuvent aussi prendre la forme d’un apaisement. La personne peut chercher à plaire, à réduire la tension ou à maintenir la relation.
Ces réponses ne relèvent pas d’une faiblesse de caractère. Au contraire, elles ont souvent eu une fonction adaptative. Elles ont pu servir à rester en lien, à éviter l’escalade ou à ne pas perdre sa place (Bailey et al., 2023 ; Wright, 2022).
Cependant, cette dynamique peut continuer de s’activer plus tard. Elle peut apparaître dans des relations pourtant différentes.
Dans l’intimité, elle peut prendre la forme d’un oui qui ne vient pas vraiment du désir. Il peut plutôt venir d’une habitude d’ajustement à l’autre.
Ainsi, le consentement interne devient plus difficile à percevoir. Une partie de soi peut s’être habituée à passer après la relation.
Quand un oui ne s'accompagne pas d'un élan ressenti
Il n’est pas toujours simple de distinguer un oui qui vient d’un élan d’un oui qui protège.
Cela devient encore plus complexe lorsque l’adaptation à l’autre est devenue automatique.
Sur le plan clinique, cette dynamique peut apparaître de plusieurs manières. Par exemple, la personne peut ressentir des tensions corporelles. Elle peut aussi se sentir présente physiquement, mais absente intérieurement.
Après un rapprochement, elle peut ressentir de la fatigue, du vide ou un malaise diffus. À l’inverse, elle peut éprouver du soulagement lorsqu’aucune demande intime n’est formulée.
Par ailleurs, la capacité à identifier ce qui est apprécié ou désiré peut devenir moins accessible. Dans ces moments, l’attention se tourne souvent vers l’autre. La personne cherche à bien faire, à ne pas décevoir ou à répondre aux attentes. Cependant, elle peut avoir plus de difficulté à accéder à son propre ressenti. Ces manifestations ne signifient pas qu’une situation est nécessairement problématique. Elles peuvent plutôt témoigner d’un mode relationnel où le ressenti intime occupe peu d’espace.
Trauma, dissociation et difficulté à se ressentir
Dans une lecture sensible au trauma, certaines personnes peuvent avoir plus de difficulté à identifier leurs signaux internes.
Par exemple, la dissociation, l’acquiescement ou l’ajustement rapide à l’autre peuvent compliquer l’accès au consentement interne.
Dans ce contexte, une lecture binaire du consentement peut devenir insuffisante. L’expérience intime ne se résume pas toujours à un oui ou à un non parfaitement clair (Wright, 2022).
Cela dit, toute difficulté à percevoir son consentement interne ne relève pas nécessairement d’un trauma.
Le corps, l’histoire relationnelle, les émotions et le contexte peuvent tous influencer l’accès aux signaux internes.
Un décalage qui n'est pas un manque d'amour
Dire oui sans le ressentir pleinement ne traduit pas nécessairement un manque d’amour.
Ce n’est pas non plus une manipulation, une faiblesse ou un simple problème de communication.
Au contraire, ce décalage peut parler d’une histoire. Il peut refléter une manière de fonctionner construite bien avant la relation actuelle. Par exemple, une personne peut avoir appris qu’affirmer ses besoins était risqué. Elle peut aussi avoir associé les limites à la peur de décevoir ou de perdre l’autre.
De l’extérieur, cela peut ressembler à de la gentillesse, de la disponibilité ou de la facilité. Pourtant, à l’intérieur, il peut s’agir d’une manière de gérer la peur, la tension ou l’inconfort.
La littérature sur les activités sexuelles consenties mais non désirées documente ce type de décalage. Certaines personnes acceptent une activité sexuelle pour préserver l’intimité, répondre au besoin de l’autre, éviter une tension ou maintenir le lien.
De plus, des travaux issus de la théorie de l’attachement suggèrent que certains enjeux relationnels peuvent influencer cette disposition. La peur de perdre l’intérêt du ou de la partenaire, le sentiment d’obligation ou le besoin de protéger la relation peuvent jouer un rôle (Impett et Peplau, 2002).
Ainsi, l’absence de désir dans un moment donné ne signifie pas nécessairement une absence d’amour.
Le choix intime peut s’inscrire dans des enjeux relationnels, émotionnels ou corporels plus larges.
La temporalité du ressenti intérieur
Le ressenti intérieur ne se présente pas toujours de manière immédiate. Il peut aussi changer au fil de l’expérience. Lorsque le rapport à soi s’est surtout construit autour des réactions de l’autre, l’accès au ressenti peut être moins direct.
Ainsi, le consentement interne peut parfois se manifester par nuances. Il peut passer par ce qui est apprécié, ce qui crée une tension ou ce qui appelle un ralentissement.
Dans certains contextes relationnels, le consentement n’est pas une réponse figée. Il peut inclure de l’ambivalence, un besoin de temps ou des changements en cours d’expérience.
*Le contenu de cet article est offert à des fins d’information et de sensibilisation. Il ne remplace pas une évaluation, une consultation professionnelle ni une démarche de psychothérapie adaptée à la situation de chaque personne.
Si la lecture de ce contenu réactive une détresse, Info-aide violence sexuelle (1-888-933-9007) offre écoute, information et orientation, 24/7, gratuitement et confidentiellement. En situation d’urgence : 911.
Pour un accompagnement à plus long terme, les CALACS (Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel) offrent des suivis individuels et de groupe aux femmes et aux adolescentes. Le ROQHAS regroupe des organismes offrant un soutien psychosocial aux hommes ayant vécu des agressions sexuelles.
Références
Bailey, R., Dugard, J., Smith, S. F. et Porges, S. W. (2023). Appeasement: Replacing Stockholm syndrome as a definition of a survival strategy. European Journal of Psychotraumatology, 14(1), 2161038.
Impett, E. A. et Peplau, L. A. (2002). Why some women consent to unwanted sex with a dating partner: Insights from attachment theory. Psychology of Women Quarterly, 26(4), 360–370.
Javidi, H., Widman, L., Evans-Paulson, R. et Lipsey, N. (2023). Internal consent, affirmative external consent, and sexual satisfaction among young adults. The Journal of Sex Research, 60(8), 1148–1158.
Jozkowski, K. N., Sanders, S. A., Peterson, Z. D., Dennis, B. et Reece, M. (2014). Consenting to sexual activity: The development and psychometric assessment of dual measures of consent. Archives of Sexual Behavior, 43(3), 437–450.
Willis, M., Blunt-Vinti, H. D. et Jozkowski, K. N. (2019). Associations between internal and external sexual consent in a diverse national sample of women. Personality and Individual Differences, 149, 37–45.
Willis, M. et Smith, R. (2022). Testing the Internal Consent Scale for measurement invariance across women and men. Sex Roles, 87, 1–14.
Wright, J. (2022). Trauma-informed Consent Education: Understanding the Grey Area of Consent Through the Experiences of Youth Trauma Survivors. Atlantis, 43(1), 19–31.
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